Au Kirghizstan, sept glaciers artificiels ont été créés dans la région de Batken pour soutenir le développement agricole et l’adaptation au changement climatique. Ce projet, mené par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en partenariat avec ONU Femmes, a permis de stocker 1,5 million de mètres cubes d’eau sous forme de glace, qui sera utilisée pour irriguer plus de 1.750 hectares de terres agricoles à l’arrivée des beaux jours.
Une initiative innovante pour l’agriculture locale
Les glaciers artificiels, construits dans sept villages de la région de Batken (Gaz, Sogment, Bulak-Bashy, Kaindy, Aybiyke, Kok-Tash et Sumbula), représentent une solution novatrice pour les agriculteurs locaux, raconte le journal kirghiz Vertcherniy Bichkek. Grâce à ces structures, l’eau des montagnes est capturée et transformée en glace pendant l’hiver, pour être ensuite libérée sous forme d’eau de fonte durant les mois les plus chauds, fournissant ainsi une irrigation précieuse pour les cultures.
Le processus de construction de ces glaciers artificiels est relativement simple. En collaboration avec les experts de la FAO, les habitants ont acheminé l’eau des sources de montagne via un réseau de tuyaux. Une tour verticale de 10 à 15 mètres a été installée à l’extrémité du système pour pulvériser l’eau dans l’air, où elle gèle sous l’effet des basses températures hivernales, formant peu à peu un cône de glace. En hiver 2024, ce système a permis de constituer des réserves d’eau considérables, prêtes à alimenter les terres agricoles au printemps.
Ces glaciers ne sont pas de simples infrastructures. En effet, ils symbolisent une réponse locale au problème de la raréfaction de l’eau, exacerbée par le changement climatique. En cumulant plus de 6.950 mètres de tuyauterie installée, ces glaciers artificiels ont créé une source fiable d’eau pour des villages souvent confrontés à des pénuries hydriques. Les responsables du projet estiment que les glaciers pourront irriguer entre 300 et 500 hectares chacun, et si des systèmes modernes de gestion de l’eau sont mis en place, la superficie couverte pourrait s’étendre à 15.000 hectares.
Des retombées pour la communauté rurale
L’impact de ce projet dépasse la simple gestion de l’eau. Il renforce également les capacités des communautés rurales, et en particulier des femmes, à faire face aux défis climatiques et socio-économiques. Le projet, intitulé « Les organisations féminines actives de la société civile soutiennent la paix au Kirghizstan », vise à établir une coopération entre les organisations féminines, les autorités locales et les gouvernements régionaux. En finançant la création de glaciers, le Fonds pour la consolidation de la paix du Secrétaire général des Nations Unies encourage une approche communautaire et participative.
Ce modèle d’autonomisation communautaire est illustré par l’exemple de Kydyrali Toychubaev, un activiste local du village de Sumbula. « Ce glacier est devenu notre salut. Désormais, même durant les périodes de sécheresse, nous aurons un accès régulier à l’eau », déclare-t-il. Les habitants, qui ont eux-mêmes participé aux travaux à travers des méthodes traditionnelles d’entraide appelées ashara, voient en ces glaciers une promesse de stabilité pour leurs récoltes.
Une technologie d’irrigation numérique pour éviter les conflits entre agriculteurs
Le succès de ces infrastructures a conduit la FAO à partager des recommandations sur la construction de glaciers artificiels dans d’autres régions du pays. L’adoption de ces techniques pourrait également être associée à l’utilisation de petits réservoirs pour stocker l’eau issue de la fonte des glaciers. Cela permettrait d’améliorer encore l’efficacité de l’irrigation et de renforcer la sécurité alimentaire des communautés.
En parallèle, la FAO continue de soutenir d’autres initiatives similaires dans tout le Kirghizstan. Par exemple, dans le district de Kochkor, une technologie d’irrigation numérique a été mise en place pour mieux gérer l’eau et éviter les conflits entre agriculteurs. Cette approche, qui combine l’innovation technique et la collaboration communautaire, illustre la manière dont la FAO œuvre pour assurer un avenir agricole durable face à la menace croissante du changement climatique.
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