Le Kazakhstan vient de célébrer Norouz : c’était comment ?
Norouz 2025 Kazakhstan

Le Norouz, également appelé Nauryz au Kazakhstan, est une fête millénaire que partagent les pays d’Asie centrale, ainsi que la Turquie, l’Iran, l’Irak et le Pakistan, qui célèbre l’équinoxe de printemps et le renouveau de la nature. Ses racines remontent à plus de 3.000 ans, la fête ayant pris ses origines dans l’ancienne Perse. Au fil du temps, cette fête a intégré des éléments de cultures et de traditions variées, notamment le zoroastrisme et des coutumes turques. Marquant le début du nouveau cycle solaire, le Norouz est traditionnellement associé à la purification et à la victoire du bien sur le mal.

Au Kazakhstan, le Norouz a pris une forme distincte en raison de l’héritage nomade et des croyances tengristes des peuples turcs. Contrairement aux coutumes iraniennes, où les rituels zoroastriens tels que l’utilisation du feu jouent un rôle important, les Kazakhs n’ont pas adopté ces pratiques. Cependant, les valeurs de renouveau et de solidarité restent centrales dans la culture kazakhe, avec des rassemblements communautaires, des jeux traditionnels et le partage d’un plat typique, le nauryz-kozhe, préparé à partir de sept ingrédients symbolisant l’abondance.

La fête a connu une période d’oubli durant l’ère soviétique, les traditions culturelles et religieuses étant réprimées par les communistes. S’étant arrêtée en 1926, la fête du Norouz n’a repris qu’en 1989. Puis, après l’indépendance en 1991, le Kazakhstan a rétabli le Norouz comme une fête nationale. Depuis lors, il est célébré avec de grandes festivités publiques, promouvant l’unité nationale et la préservation des traditions anciennes.

La « Décade nationale de Nauryzna », une tradition nouvelle au Kazakhstan

Depuis 2024, la « Décade nationale de Nauryzna » commence le 14 mars, faisant du Norouz un événement culturel prolongé et enrichi. En 2025, le Service des communications centrales près le Président du Kazakhstan annonçait tous les jours a quoi telle ou telle journée était dédiée. Le calendrier a été le suivant :

– Le 14 mars : l’Amal merkesi, un jour férié qui symbolise le renouveau printanier et l’unité des peuples. « Il est de coutume de rendre visite aux anciens, d’échanger des accolades, de se serrer la main et de demander des bénédictions aux aksakals (chefs de communautés locales). C’est le moment de pardonner les offenses, de renforcer l’amitié et de remplir les cœurs de bonté. »

– Le 15 mars est le jour de la charité. « La charité et l’entraide perpétuent les anciennes traditions de bonnes actions qui ont toujours fait la renommée du peuple kazakh. Ces valeurs nous unissent et nous rendent plus forts. »

– Le 16 mars est consacré aux valeurs familiales. « Cette journée est le symbole d’une maison solide, de la stabilité d’une famille, de la continuité d’un groupe. Dans la culture kazakhe, la famille a toujours été une source de force et d’héritage spirituel. L’importance de la famille dans la vie humaine, son rôle dans la transmission des connaissances accumulées et dans l’éducation des générations futures ont été préservés dans le riche folklore kazakh. »

– 17 mars est la Journée de la culture et des traditions nationales. « L’étude de l’héritage culturel de son peuple permet d’apprendre les vraies valeurs, de mieux se comprendre et de mieux comprendre son rôle dans le monde et de renforcer les liens avec les membres de sa famille. Dans la culture du peuple kazakh, une attention particulière a toujours été accordée au respect des anciens, à l’hospitalité et à la compréhension du langage de la nature. Les traditions et les rituels – famille, mariage, ménage, sport – accompagnent les gens tout au long de leur vie et se transmettent de génération en génération. Parmi les traditions les plus connues, citons également le konakasy (gâterie pour l’invité), le kudalyk (mariage), le betashar (ouvrir le visage de la mariée), le tusaukeser (couper les cordes). L’étude de la culture et des traditions de son peuple n’est pas seulement un hommage au passé, c’est un pas important vers un avenir éclairé. »

– Le 18 mars est la Journée des tenues nationales. « La tenue nationale kazakhe est le reflet de la culture, de l’histoire et des traditions du peuple. Chaque élément cache un symbolisme profond lié à la nature, aux croyances et au statut social. Le climat des steppes exigeait des vêtements confortables, fonctionnels et en même temps élégants. Le renouveau du costume national n’est pas seulement un hommage à la tradition, mais aussi un moyen de préserver l’identité culturelle en l’adaptant aux réalités modernes. »

– Le 19 mars est le Jour du renouveau. « Ce jour symbolise le début d’une nouvelle période dans la nature, la vie du pays et de chaque personne. L’un des symboles du renouveau est la plantation d’arbres, une tradition qu’il est proposé de perpétuer en ce jour. Comme les jeunes pousses, une personne cherche à entamer une nouvelle étape de sa vie, en posant de nouvelles idées qui contribuent à la prospérité du pays. »

– Le 20 mars est la Journée des sports nationaux. « Les sports nationaux ne sont pas seulement une compétition de force, de vitesse et d’endurance. Ils font partie de notre histoire, de notre culture, de l’esprit de la Grande Steppe. Pendant des siècles, les nomades ont fait preuve non seulement de force physique, mais aussi de réflexion stratégique, d’habileté et d’endurance. Les sports nationaux constituent un lien entre les générations, où chaque pas est un hommage au passé et un regard confiant vers l’avenir. »

– Le 21 mars est la Journée de solidarité. « Cette journée symbolise le respect mutuel des personnes vivant dans notre pays. L’unité et la solidarité sont les principales valeurs dont dépendent la paix et le bien-être du peuple kazakh. »

– Le 23 mars est le Jour de la purification. « Cette journée symbolise le renouveau et la purification de la nature, jetant les bases de nouvelles réalisations et de nouveaux résultats. Dans toutes les régions du Kazakhstan, des actions écologiques sont généralement organisées ce jour-là. Outre le nettoyage des territoires et la plantation d’arbres, ces actions rappellent que la nature et l’homme sont unis et que la propreté de la terre natale est entre nos mains. »

© Акимат Астаны

Kassym-Jomart Tokaïev : « L’unité et la paix ont toujours été les valeurs les plus importantes de notre pays »

« Nauryz est célébré par de nombreux peuples d’Orient, mais dans notre pays, sa célébration fait l’objet de traditions particulières. Cette fête occupe une place particulière dans la vie du peuple kazakh. De nombreux touristes étrangers viennent spécialement au Kazakhstan la veille de Nauryz afin de se familiariser avec notre culture d’origine. Il est donc nécessaire de populariser largement ce trésor spirituel. Conformément au concept du Nauriznam, nous célébrons aujourd’hui la Journée de la solidarité. L’unité et la paix ont toujours été les valeurs les plus importantes de notre pays. Il est réjouissant que les Kazakhstanais se réunissent à l’occasion de cette fête de printemps, indépendamment de leurs différences ethniques et religieuses. Notre unité nous permet d’envisager l’avenir avec confiance et de continuer à avancer sur la voie du progrès », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev, le président du Kazakhstan, lors d’un concert à Astana le 21 mars 2025.

« Nauryz est la fête de la propreté. Selon une bonne tradition populaire, ce jour-là, nous plantons des arbres, nous nettoyons les sources d’eau et nous améliorons les territoires. Depuis l’année dernière, le pays organise une action nationale intitulée « Taza Kazakstan », à laquelle nos concitoyens, en particulier les jeunes, participent activement. Elle contribue à la formation d’une nouvelle culture écologique et d’un nouveau mode de vie dans la société. Nauryz est considéré à juste titre comme une fête du travail. Avec l’arrivée du printemps, les travaux agricoles commencent. Cette année a été proclamée « Année des professions ouvrières ». Notre principal objectif est de rehausser le prestige de l’homme de labeur, car l’assiduité est une qualité inhérente aux nations les plus progressistes », a poursuivi le président du Kazakhstan.

Le président du Kazakhstan a envoyé des télégrammes de félicitations aux chefs d’État des autres pays où le Norouz est célébré. Il y a souligné que cette fête du printemps, qui symbolise la renaissance de la nature, unit aussi étroitement les peuples par les liens d’une amitié, d’une fraternité et d’un respect mutuel séculaires. Kasym-Jomart Tokayev s’est dit convaincu que les valeurs spirituelles de Norouz contribueront à renforcer la coopération interétatique en vue d’atteindre les objectifs communs.

Le Norouz, c’est avant tout une grande fête populaire

Les festivités organisées pour cette édition 2025 ont été un beau témoignage des traditions locales à travers le Kazakhstan. De la puissance physique aux démonstrations culturelles, chaque ville a mis en avant son patrimoine unique. Des performances musicales aux concours de force, Norouz a pris une signification particulière, renforçant l’unité et la richesse culturelle du Kazakhstan.

– Des exploits impressionnants dans l’Est et à Almaty

À Bozanbaï, un village de la région orientale du Kazakhstan, la force physique était à l’honneur. Les habitants ont assisté avec stupéfaction à la compétition traditionnelle de қой көтеру, un exercice de squat avec un mouton sur les épaules, généralement réservé aux hommes. Cette année, c’est une femme, Erkingoul Onay, qui a marqué les esprits en réalisant un record avec 83 squats, surpassant toutes ses concurrentes. Cette mère de famille nombreuse et employée d’une école maternelle a gagné non seulement l’admiration du public mais aussi le mouton en tant que prix. Cet événement a démontré que le Norouz n’est pas seulement une fête de renouveau, mais aussi un moment où les femmes montrent leur force et résilience.

Pendant ce temps, à Almaty, les célébrations se sont orientées autour de la culture musicale et poétique du pays. Plus de 5.000 personnes ont participé à un grand chœur en hommage au poète Abay, une figure emblématique de la culture kazakhe. Cet événement, qui a réuni artistes et citoyens le long de l’avenue Abay, a mis en lumière les liens étroits entre le Norouz et le patrimoine musical du Kazakhstan. Parallèlement, une exposition de yourtes thématiques et des concerts d’envergure ont attiré les visiteurs, renforçant la dimension culturelle de la fête dans cette ville dynamique.

– Traditions et diversité culturelle à Astana et Kokchetaou

À Astana, la capitale du pays, les festivités ont mis en avant la diversité ethnique et l’unité nationale. La célébration intitulée « Қош келдің, әз Наурыз! », organisée près de la Maison de l’Amitié, a rassemblé des représentants des différentes ethnies vivant au Kazakhstan. Des diplomates, membres de l’Assemblée du peuple kazakh, et résidents de la ville sont venus partager des plats traditionnels et assister à des concerts mettant en scène des danses folkloriques et des chants typiques. Cet événement a illustré l’esprit de cohésion qui caractérise le Kazakhstan lors des grandes célébrations. Le nombre impressionnant d’activités prévues dans la ville, plus de 200 événements répartis sur plusieurs jours, a permis à chacun de participer activement aux festivités.

À Kokchetaou, une autre ville du nord du Kazakhstan, un défilé des femmes en kiméchek a marqué un moment fort des célébrations. Pas moins de 1,600 femmes vêtues de cet habit traditionnel, symbole de la sagesse et de la protection maternelle, ont défilé dans les rues, établissant ainsi un record national. Cet événement visait à honorer les mères et leur rôle central dans la société kazakhe. De nombreux ateliers de couture avaient été organisés en amont du défilé pour permettre aux participantes de créer leur propre kiméchek. Cette marche a non seulement renforcé les liens entre générations, mais a également permis de faire revivre un élément central du patrimoine vestimentaire kazakh.

– La gastronomie et les traditions sportives au cœur des festivités

En parallèle des célébrations culturelles, la gastronomie a également occupé une place de choix. À Turkestan, dans le sud du pays, les habitants ont assisté à la préparation de 2,5 tonnes de naouryz-kozhe, une soupe traditionnelle servie lors de cette fête. Le plat, vendu à un prix modique, a permis de récolter des fonds destinés à un orphelinat local, soulignant ainsi la dimension caritative de Norouz. Ce geste, associé à l’ouverture de la saison touristique dans cette région historique, a attiré de nombreux visiteurs et contribué à renforcer l’attractivité de Turkestan.

Enfin, les compétitions sportives, toujours très attendues lors de Norouz, ont également eu lieu dans plusieurs régions. À Astana, les habitants ont assisté à des concours d’haltérophilie, de lutte traditionnelle (қазақша күрес) et à l’incontournable асық ату (jeu de tir d’osselets). De telles épreuves ne sont pas seulement des démonstrations de force physique, mais également des manifestations du patrimoine ludique et martial du pays.

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